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Makhlouf
Bibliographie :
"Mémoires remuées", Art Com éditions, Paris 2000 (roman)
"Le malheur de Maria" édition en ligne,
http://www.manuscrit.com
(roman)
"Poèmes désencagés" édition en ligne,
http://www.manuscrit.com
(poésies)
Et d'autres inédits, comme : "Galère" (recueil de nouvelles)
"Le prix de la liberté" (roman)
"Parcours" (roman autobiographique...
DESTIN DE FEMME
Nouvelle.
Extrait
1:
Le soleil tapait fort et la terre n'absorbait plus sa chaleur. Elle était comme saturée, elle en renvoyait les rayons, au point où ma chemise qui me collait déjà à la peau, était maintenant toute trempée de sueur.
Les chaumes courtement coupés lacéraient mes pieds et mes chevilles, les mettant à sang.
J'avais aussi le sentiment d'être totalement déshydratée. Mais, résignée, je résistai jusqu'à me sentir soudain insensible à la douleur et à la fatigue qui étaient pourtant sur le point d'achever mes forces. Insensible également à cette gêne provoquée par la sueur qui baignait tout mon corps.
Le champ me paraissait interminable. Aussi loin que portait mon regard, des immensités de chaumes menaçants prolongeaient d'autres immensités de même nature.
Pendant qu'à travers champs je marchais comme une folle, sans même réaliser que je n'étais vêtue que de ma seule robe de chambre, des images affluaient dans mon esprit et s'y bousculaient. Des images qui faisaient si mal et qui, persistantes, m'empêchaient de penser. Celle qui revenait plus forte, plus insistante que les autres restait celle du couteau brandi dans ma direction. Et l'écho qui me faisait mal aux tympans. Les paroles de mon mari retentissaient encore dans mes oreilles et me faisaient courir, sans plus pouvoir regarder derrière moi. " Je couperai ces seins qui m'ont déshonoré. " Une phrase qui m'avait fait perdre le contrôle de moi-même. Ahmed l'avait répétée trois fois avant de se jeter sur moi. Comme une bête féroce sur sa proie fragile. J'étais fragile, faible et impuissante ... Et je continue, aujourd'hui encore, à n'être que cet être fragile. Ahmed était dans une colère que je ne lui avais jamais connue.
Ce qui s'ensuivit, je ne pus me le rappeler, excepté ces quelques détails qui ne voulaient plus quitter mon esprit, tel le corps d'Ahmed gisant dans une mare de sang ... Le sien.
Extrait
2:
Mon mari ! Ne devrais-je pas dire " feu mon mari " ?
Je n'avais pas cherché à le tuer. Ivre qu'il était, il s'était simplement laissé tomber sur son couteau. Mais qui me croirait ?
Non. Je cherchais simplement à me disculper. En réalité, j'avais dû le pousser sur son arme, car le couteau me faisait tellement peur. C'était peut-être une légitime défense, mais j'avais dû le faire intentionnellement. Sinon pourquoi n'avais-je rien tenté pour le sauver ? Pourquoi n'avais-je pensé qu'à fuir ?
Et s'il était tombé seul, poussé par sa seule ivresse ? Je ne l'aurais donc pas assassiné ?
Mais, une fois encore, qui me croirait ? Certainement pas les gendarmes. Encore moins les juges.
La prison seule m'attendait. Si ce n'était la mort. Si mes parents et mes frères arrivaient à me retrouver avant les gendarmes, je ne donnais pas cher de ma peau. Ils ne réfléchiraient pas à deux fois avant de me loger les deux balles du fusil de chasse dans le coeur ou dans la tête. Ainsi, ils construiraient un mur contre lequel viendrait buter, sans pouvoir le franchir, la tentative " d'atteinte à l'honneur de la famille. "
Extrait
3:
Je savais comment se passaient les arrestations pour les avoir vues à maintes reprises à la télévision. Je n'avais pas tellement de temps à passer devant cette " boîte magique ", mais la plupart du temps où ce loisir me fut donné, cela avait souvent été aux moment où passaient des téléfilms américains qui traitaient de crimes et dont la télévision de mon pays raffolait ... Ces films finissaient toujours par des arrestations ... Ou pire, : par la mort du méchant.
En ce moment, la méchante c'était moi.
- N'ayez plus peur, Madame. Votre mari ne tentera plus de vous tuer.
Cela je le savais déjà. Ils ne m'apprenaient rien.
Je restai toujours les mains tendues en avant, attendant de voir les gendarmes me passer leurs bracelets aux poignets.
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