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Dufrenoy.

Titres: Le départ - Les gosses - Note bleue - Sentinelle sur L'horizon - La pensée unique - A Christian qui est parti si vite - Sur les rivages de l'île


Le Départ.
PRÉLUDE

L’ombre bleutée de la montagne Ste Geneviève s’allongeait sur les coteaux des vignes, c’était l’heure incertaine qui prélude à la nuit… Le temps propice au sommeil ou à l’amour, enfin le moment paisible advenait où les corps allongés exprimaient leurs envies ou leurs désirs, le repos ou l’étreinte.
Dans le jardin mauve qui sentait le jasmin et la clématite, une très vieille dame reposait, étendue sur un transat d’un autre âge, le fauteuil immaculé que l’on aurait pu rencontrer sur le pont d’un paquebot au temps glorieux des compagnies transatlantiques.
Le jeune homme s’approcha sans bruit, timidement, dans la nature endormie régnait un silence d’église de campagne.

PREMIER ACTE
- « Fous l’camp, la mort » -

Délivrée des tourments
La dame en blanc
A unie son destin
A celui du printemps
Camarde, tu peux ranger ta faux.

Foutue mort range ton vieil outil
Il ne tranchera jamais
Le fil d’or et de feu
De ses jours de gloire
Admire son sourire

Admire son passé
Se lire sur son front
Regarde sale voleuse
Ses rêves la maintenir
Tu peux ronger ton frein

Tu peux grincer des os
Avec ta sale gueule
Fouiller les souvenirs
Fouiller, fouiller encore
Non, tu n’apprendras rien

Non, tu ne prendras rien
Il n’y a rien à déchirer
Tu te fais des films
Sur la tristesse des vieux.

ACTE II
- «  Le temps de la soie et du satin » -

Elle virevolte et se caresse
Dans les parfums de la tendresse
Des draps, des fleurs, des vins précieux
Sans oripeaux, elle virevolte
Elle se faufile dans des bras fous
Abri précieux qui la rassure
Parfois elle crie et elle se perd
Dans la chaleur des souffles lourds

Elle connaît des langages rares
Qui fredonnent des chants miellés
Elle se love dans des regards
Elle est tellement avide d’amour

Insolemment, elle donne son corps
Elle ne veut pas le gaspiller
Elle ne se sert que d’une seule arme
Quelques baisers, sucrés salés

Éternellement dans son lit
Elle ravive toute sa flamme
Elle sait les désirs secrets
Entre l’ourlet de ses lèvres roses

Impudiquement elle se donne
Elle cherche quelque peau à aimer
Un corps chaud, des bouches tendres
Un amant pour se cacher

Elle s’insurge devant ces bigotes
Qui n’aiment que la charité
Elles, elles n’ont plus de corps
Elles n’ont qu’un cœur desséché

Elle se bat devant la morale
l’hypocrisie et la rancune
Et puis devant la misère
Devant d’autres culs mal assis

Elle désespère devant la jeunesse
Qui renie les sens de son âge
Elle se souvient de la tendresse
Et elle retourne à ses audaces

Elle se dit que tout est bon
Qu'elle s'est affranchie de la morale
Puis elle lisse du bout chaud de ses doigts
Une chaleur, une corps qui plie

ACTE III
«  Jamais, je ne ferai le bilan » -

Sur les routes fabuleuses de ma vie
J'ai aimé la peau des hommes
Des p'tits câlins au matin blême
Où je lançais mon premier cri
Avant de sentir le feu en moi
De l’autre côté du soleil

Sur les routes douces de ma vie
J'ai connu la nuit et le sommeil
Des lèvres qui m'ont dessiné je t'aime
Un soir où je ne pouvais dormir
Avant de sentir le chaud en moi
De l’autre côté du désir

Sur les routes humides de ma vie
J'ai léché des bouches impatientes
Mes mains pétrissaient douce argile
Je me suis rafraîchie sous des langues
Avant de chanter des chants de vie
Sur des musiques barbares

Sur les routes chaudes de ma vie
On m'a écouté et aimé
Un homme m’a confié son fardeau
En me chantant son destin
Et je lui dessinerai des étés
De l’autre côté du soleil

ÉPILOGUE
-  Rien ne sera jamais terminé -

Habillé de nos incertitudes
On fait l’impasse de nos amours
On dit la vie, on dit le temps
Quand on aime qui est le plus fou
Et moi, je vis

Mais pourquoi t’écrire
Ce que tu sais déjà
Tous les mots de mon stylo
Ne suffiront pas
Croire en toi
Mais laisse-moi te murmurer

Étonnée par le jour qui tombe
De ton ombre, je porte la couleur
On donnait le temps, on donnait l’heure
Tu es dans le chant des oiseaux
Le vent sait cela…
Et moi je suis là

Mais pourquoi t’écrire
Noircir les pages de mon carnet
J’aimerai encore te donner l’heure
Croire en toi
Laisse-moi te murmurer

Mais pourquoi t’écrire
Ce que tu sais déjà
J’aimerai garder encore le chant des oiseaux
Croire en toi
Mais laisse-moi te murmurer
En amour on n’a jamais fini
On sait tout
On sait rien…

Jamais, je ne ferai de bilan….
Rien ne sera jamais terminé…

La nuit était maintenant complètement tombée sur le jardin, la montagne sur l’horizon se devinait, mauve sur rouge, sur bleu, sur rose… Merci monsieur Cézanne, merci…
La vieille dame respirait doucement, le jeune homme attendri la regardait sommeiller, il allait partir, il était temps, d’un revers de la main, il l’effleura comme l’on effleure une rose à jamais fleurie… Il savait, oui, il avait désormais la certitude qu’un tel bonheur ne pouvait pas disparaître, elle vivrait à jamais dans ce jardin provençal, dans l’odeur des olives et des romarins… Loin du bruit et de l’éclat des villes et des vacances programmées…
Il pouvait s’éloigner dans l’ombre de la montagne…

Lille, le 26 septembre 2004

 

Les gosses.
Extrait.

Les gens avaient oublié le temps
De rire et se moquaient de tout.
Leurs vies, leurs amours, leurs chansons.
Pour tous, c’étaient qu’des mots.
Le monde retournait cannibale
Le pognon ruinait les visages… Et puis !

Les gosses…
Les gosses étaient prêts à marcher.
Sur les plages ou sur les pavés.
Les gosses avaient l’envie de marcher.
J’envie ton monde, petite Marie.
Les gosses étaient prêts à marcher.

Mais ça donne la chair de poule.
Dans une cité, main dans la main.
Dès que ça renifle une joie de vivre
De mômes sur champ de fleurs
Dès que la vie reprend ses droits.
Les vieux s’en mêlent en temps voulu… Et puis !

Les gosses…
Les gosses ont quitté la cité.
La came, la mort, la cécité.
Les gosses ont quitté la cité.
Éclate de rire, petite Marie.
Les gosses ont quitté la cité.
 

Note bleue.
Extrait:


C’était l’instant magique et infiniment fragile où la ville retrouvait son souffle après les battements compulsifs du jour. Les rues prenaient la teinte étrange des fards multicolores dont se parent les clowns.

Dans le ciel de janvier, par-dessus les monuments, se dessinaient les volutes tourmentées des nuages de la nuit, prélude à l’apaisement des foules, les artères deviendraient bientôt le royaume des chats, des ivrognes, et des voleurs de bonheur.
 

Sentinelle sur l’horizon.
Extraits:

Assoupi dans les herbes hautes.
Sur la dune, horizon fauve qui brille.
Perles de sable en sautoir, dessins ethniques.
Danse guerrière, brune, pourpre.
C’est le murmure des vents d’Est devant les murailles salées.
Pour être vivant ils chantent une légende.
Une longue nuit sur le désert vide.
...
Avec des mots nouveaux, élévation d’un temple.
Priant debout, je garde la mémoire fiévreuse d’avant la pluie.
Elle tombe, je bois comme une fleur de poivre.
Les plus belles sensations se respirent en dansant,
Comme une cérémonie magique…
...
Un ciel de légende abrite nos rêves de gloire.
Arrive, voici l’ombre de nos anciens guerriers.
Le soupir puissant de leurs derniers souffles.
Impatience du chant, claquements de langues.
Je brandis mon bâton comme un sceptre, le temps est mon troupeau.
Danse… Je jette un sort…
Un pied posé dans chaque monde, les mains tendues vers les étoiles mères.
Je suis le passant d’un monde dans la force de l’âge.
Mon sac de racines est plein de voyages magiques.
Pour être vivant, ils chantent une légende.

A Christian.
Extrait.


 A Christian, qui est parti, si vite…
Ce soir, nostalgie, je prends le large
 
Sur le crépuscule flamboyant plane l'odeur des roses jaunes.
Comme une promesse heureuse, une caresse du plat de la main,
Une main de femme aimée, une femme de la rue, une vivante, douce et chaude...
La pierre du pas-de-porte est brûlante comme un dernier baiser...
Je suis assis, tranquille, calme et puissant, comme un vieux chef sioux, à l'aube de la bataille...
Ce soir, nostalgie, je prends le large
Je pense, je ne rêve pas, je pense...
Les années ont ajouté des racines à mon corps, je suis l'orme et l'olivier...
Malgré les bourrasques, le mauvais vent de la tristesse, les pluies acides des larmes qui ont raviné l'écorce de ma peau.
Ce soir, nostalgie, je prends le large

La pensée unique.
Extraits.

La pensée unique en ayant assez
D’être en dehors de la bonté
Un soir a brisé ses entraves
Elle avait faim d’humanité
Avec ses livres prédigérées, avec ses jeux télévisés
Qui se lovaient au fond des yeux
On la vit s’habiller de rêves
Elle se paraît de mots nouveaux.

Quand on est futile
Tout paraît facile
Au cœur des cités
C’est ce que l’on croit
Mais le temps survient
On brise ses chaînes
On se donne la peine
D’être enfin sensible
Pour être vivant.

... ... ...

De ta maison ou de ta rue
Il est temps de briser la glace
Il est temps de traverser le miroir
Qu’un soleil ardent de sensations
Dessille tes yeux fermés aux couleurs de la vie
Qu’un chant barbare
Ouvre tes oreilles bouchées de mièvreries…

Sur les rivages de L'Île. I II III IV V
Extrait:
On découvre une place en haut de la rue Nationale, une place de céramique et de faïence. Une portée de pavés plus loin vers la rue des débris St Etienne et face à la place du théâtre, on aperçoit une voûte d'ombre fraîche. L'endroit est très sombre. Ça vibre, ça transpire. On envisage même d'étendre les terrasses sur la chaussée luisante. Les badauds refoulés les plus assidus s'étalent dans les brasseries à thèmes, briques rouges de la Place du Général de Gaulle, juste dans le soleil couchant. Un cliché, une photographie d'office de tourisme précisément, bien que l'ambiance débridée offre tout le loisir d'imaginer d'autres perspectives. On fête la musique. Les vieux joueurs de blues partent en vrille, les rappeurs s'installent. La vieille Bourse ressemble à une pâtisserie démente : un pudding aux fruits posé sur un plateau en sucre, qui déborde d'un four, écrasant deux façades d'entremets. Les architectes de Flandre devaient être friands de saveurs exotiques.

C'est le soir où les Djembés enfonçaient les hauts murs de la cité fantasque que le destin du même nom a basculé sur la place enfiévrée. Une petite lueur toute chaude avec odeurs sucrées en nappes délicates, tentante en diable au centre du parvis. Stan qui flânait avec ses deux amis s'y laissa prendre. Il aimait les fêtes, Stan, non pas seulement parce qu'on y tentait la chance mais parce qu'on y parlait entre inconnus, et ses amis étaient assez vieux maintenant pour y trouver du plaisir. C'est donc avec plaisante humeur qu'ils s'arrêtèrent à la fontaine et dévisagèrent les nouvelles arrivantes ; une paire de jeunes filles avec trois jeunes garçons du même âge que les petites soeurs de Stan. Il se posa sur le rebord et contempla les visages de ces crépusculaires apparitions qui s'arrêtaient sur le parvis. La plus gracile leva une jambe devant la margelle et grimpa dessus tandis que sa compagne poussait les gamins devant elle sous les yeux étonnés des deux copains. La fontaine émit une succession de gargouillis et tremblota pendant quelques secondes avant de finalement s'emporter dans un jaillissement de fraîcheur. Les enfants s'approchèrent, la jeune fille voulut les retenir, mais Stan l'en dissuada :

-" Ne crains rien, il n'y a aucun danger ! "

-" Je préfère qu'ils restent à l'écart, ils sont petits ! "
L'autre adolescente amorça la conversation.
-" Vous êtes là depuis longtemps ? "
-" Non, Pas très longtemps ! A peine trois quarts d'heure. Mais nous avons déjà entendu huit groupes de Rap, trois guitaristes de rock, vu trois marchands de merguez et deux vendeurs de Kebab! Et vous, au menu, Mesdames ? "
Il sourit à sa voisine qui se tenait à l'extrémité dans l'ombre de la colonne.
-" Un quatuor à cordes, musique classique, quand même ... "

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