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A propos de JC MOYON 

Parole d'auteur... Savoir des choses, appelées CV, de moi. Aucun problème à la condition essentielle d'entrer en communication avec des gens qui savent rire d'eux-mêmes dés leur réveil, chaque matin. Un exercice très difficile et qui demande des dizaines d'années de "marades sérieuses".
Bon l'auteur, Jean-Claude Moyon. Une première édition de poèmes en 1977 "Bonjour le Monde", Editions de l'Athanor -Paris- Puis ensuite du théâtre "Traîne Galoche" à Saint-Etienne, c'était une comédie musicale. Et puis, allez savoir pourquoi?, l'auteur se casse ailleurs (Ile d'Aix entre les presqu'îles de Ré et Oléron. ) devient pêcheur après deux ou trois ans passés en Sicile. Ca ne fait pas sérieux mais qu'est-ce qu'on rigole! Des pièces radiophoniques à France-Culture. Entré à la SACD en 1981, un passage "énorme" à Angers avec le NTA (Centre Dramatique National) dirigé par Claude Yersin et Daniel Besnehard. Je dis "énorme" car la qualité des rencontres y cotoyait celle des esprits. On y a pleuré et rit.
Une bourse d'auteur accordé par le CNL. C'est long à raconter tout ça...
Un tapuscrit à "Théâtre Ouvert " (Lucien Attoun), un télé-film, quoi encore? Du boulot de reporter à droite et à gauche, plutôt sur la planète, cahier dans la poche arrière du pantalon et stylo en bouche. On rigole avec un petit rien et on connaît la misère du monde, celle de votre voisin, la porte du dessus, les distances peuvent fatiguer. Deux autres pièces de théâtre. "La Visite" puis "Le Jour où j'ai failli..." et trois romans.
Pour votre demande "Les auteurs préférés": Villon, Victor Hugo, Céline, Blaise Cendrar, Nicolas Bouvier et tant et mille autres   d'aujourd'hui..dernier coup de coeur, énorme, Raphaël Confiant, auteur martiniquais.. pas trop de ces modernités actuelles (pardon pour déjà feu pléonasme) style revue "Bordel"...
La vie peut aussi se passer à "Nulle part sur Seine". J'y suis arrivé il y a douze ans pour un reportage qui devait durer trois mois. Vient un jour où l'employé peut virer ses patrons et se la faire belle avec pleins de nouveaux horizons. La ligne Marginaux, si vous voyez...

"Joujou" ne ressemble en rien à une écriture habituelle, c'est une histoire d'ami(e)s réunie(e)s un soir autour d'une table et qui s'est terminé "en couche" par une parole féminine: "Pas chiche?"
On rit ensemble?

JOUJOUX
(Lien en bas de page)


Extrait 1:
Maintenant j'écris. Je vous écris Maître puisque telle est Votre volonté. Votre dernier ordre. Depuis hier, le soir terrible de ma répudiation, vous n'appeliez plus. J'ai eu 38 ans hier. Ou plutôt 18 puisque ma naissance remonte à la date de notre rencontre. Avez-vous choisi ce jour pour me rappeler à votre service ? Une seule sonnerie et je savais qu'il me fallait me rendre au plus vite à Votre domicile. Depuis quinze nuits cette sonnerie ne retentissait plus. Etais-je répudiée définitivement ou était-ce encore un jeu? 
Hier soir, enfin un signal. Un appel sec qui résonne encore au fin fond de mon ventre. Au delà de cette unique sonnerie, la nuit, les frontières de mon corps, mon assujetissement total à l'inconnu qui m'attend et qui Vous appartient comme Vous appartient ma destiné. Hier soir, le téléphone a sonné. Quelle heure était-il ? Huit heures, neuf heures ? Peut importe mes heures sont les Vôtres.
En marchant dans la nuit je ne craignais rien car tout était possible depuis quinze jours sans Vous. Me revint en mémoire, alors que je marchais Votre désir formulé de me répudier en public. Mourir ? Peut-être. Ce soir là m'aviez-vous pas annoncé Votre droit de vie et de mort sur ma personne ? Qu'il n'est pas interdit de tuer son chien, d'euthanasier sa chienne ? Voir de payer un spécialiste pour exécuter cette mission ?
Ce soir-là, agenouillée et yeux baissés devant Vous, j'avais répondu " Oui maître " une nouvelle fois. Peut-on dire non à Son maître ? Ma vie est devenue la Votre depuis si longtemps. Ma vie, la mienne. Quelle mienne ? Morte, oubliée, abandonnée avec acceptation depuis le jour de notre rencontre, il y a 18 ans. J'étais entrée volontairement dans les ordres, Vos ordres. Hier soir, une nouvelle fois j'ai marché vers Vous. Cela ne m'était pas arrivé depuis quinze jours. Une éternité. Un temps de supplice et de torture incomparable aux mille souffrances dont je Vous suis redevable depuis dix-huit ans. Maître, j'ai connu par Votre seul pouvoir la fascination de la souffrance. Par Votre pensée, l'adoration de mes innombrables humiliations. Par Votre emprise, le bonheur de remplacer le Votre, d'être Votre bonheur. Etiez-Vous si malheureux ? Je ne sais.
Hier soir, Vous m'avez infligé le pire. Extraire, extirper tout ce qui de moi est en Vous, tout de ce qui de Vous est en moi. Vous m'avez jeté un dernier os : écrire l'autobiographie de mes dix-huit ans, tel est mon âge car, je Vous le répète, ma naissance remonte au premier jour de notre rencontre. Les années précédentes n'ayant jamais existé, il était logique que les suivantes, faisant suite à ma répudiation, soient gommées à leur tour. 
Vous exigez donc le récit interminable qui m'amènera à vivre recluse jusqu'à mon dernier souffle dans cette chambre, dorée certes, où Vous m'enfermez. Un étage au-dessus du votre.
Je Vous donnerai ces lignes. Je Vous les dois, n'est-ce pas ? Selon Votre exigence je tâcherai de bannir toute vulgarité mais, et faîtes moi donner du fouet à volonté, certains mots ne pourront être évités. Je Vous en demande à la fois le pardon et le châtiment mérité.

Extrait 2:
Surgi de l'ombre, un chien s'approcha de moi et renifla très fort. Mon odeur lui plaisait. Je sentais qu'on m'observait derrière les buissons. Mais rien ne se passa. Lorsque je fus changée, en vraie pute je dois dire, je me levai encore toute tremblante et quittai le parc. Toujours selon vos ordres je marchai d'un pas pressé dans les rues de la ville. Les boules recommencèrent à faire leur effet et il me semblait que tous les passants n'avaient d'yeux que pour moi. Les femmes surtout, avec leurs regards moqueurs ou méprisants. Les hommes avec des regards gourmands. On se retournait sur mon passage. Partout on me fouillait du regard. Mais j'étais forte, je me sentais forte ... Vous me portiez, n'est-ce pas ? J'étais putain ... et alors ? J'étais Votre putain tout comme j'avais été tant de choses pour Vous, en Vous, par Vous.
Enfin j'arrivai devant le magasin éclairé de néons rouges.


Extrait 3 :
Un jour mon corps ne Vous suffirait plus. Y pensais-je ? Peut-être parfois. Dans des moments d'abandon. Je ne me souviens pas de tels instants. C'eut été trop d'angoisse que d'imaginer l'abandon. Comment être un paillasson sans Vos pieds, une serpillière sans Vos divines souillures, une chose sans Votre regard, un joujou sans Vos liens ?
C'est bien connu, un jour ou l'autre les enfants cassent leurs joujou ou finissent par s'en désintéresser.
Hier soir, une semaine déjà, Vous m'avez relégué dans ma malle. Vous savez, ces malles à jouets qu'on monte un jour au grenier. Cependant Vous avez laissé les piles à l'intérieur du mécanisme et je continue à m'articuler méthodiquement pour Vous. Puis-je pouffer, Vous faire pouffer ? Appuyez sur mon ventre. Votre sex-à-piles fonctionne toujours et reste Votre. Il fait mieux, elle écrit. Joujou peut encore réaliser tout ce qui figure sur son mode d'emploi. Celui que Vous avez élaboré durant dix huit ans. Un mode d'emploi infini.
A l'aube, ce matin là, épuisée, j'ai compté les billets dans la chambre d'hôtel. Maître, il y avait cinq cents euros de plus. Vous dire ma fierté ... Puis je m'endormis. Des coups sourds portés contre la porte me sortirent brutalement d'un sommeil sans rêve. Je me levai précipitamment, me regardai dans le miroir, réajustai ma tenue, passai mon visage sous le lavabo et couru ouvrir à ce client matinal. A moins que ce ne fusse Vous.

Extrait 4:
Je commençais à m’endormir lorsque la sonnerie du téléphone retentit. Le cœur battant je décrochai. C’était Vous. « Demain 14 heures. » Je n’ai pas eu le temps de vous répondre « Oui Maître ». Vous avez raccroché. Mon avis Vous importait si peu, n’est-ce pas ?

J’eus du mal à me rendormir. Dans ma tête tournait toute une sarabande de sensations, d’angoisses et de questions. Devais-je vous fuir ou me jeter dans vos fers. Il n’était pas possible que vous soyez si méchant. Puis je souris à l’idée de me trouver bientôt dans vos bras à Venise.

Je fis semblant de dormir lorsque mes amies arrivèrent. Fort tard, il est vrai. Monique entrouvrit la porte de ma chambre, alluma la lumière, l’éteignit aussitôt et referma la porte doucement. A travers la cloison je les entendit pouffer comme des petites sottes. Non, je ne leur raconterai rien.

Au petit matin je m’éveillais comme sortant d’un songe mystérieux. Mille rêves s’étaient entrecroisés, des rêves étranges et cotonneux dont il ne me reste aucun souvenir sauf celui de l’état léthargique dans lequel je me trouvais. A la fois lasse et tranquille, très lucide. Sans un bruit je suis allée me faire chauffer un café, je me suis passé la tête sous l’eau. Dans la glace au-dessus du lavabo mon visage me parut reposé, quiet. Puis je me rendis devant mon petit bureau, sortis papier et stylo. J’étais très concentrée, les deux pages s’écrivirent d’elles mêmes. J’y ai tout de même glissé une ou deux phrases où je Vous disais que je Vous aimais.

Le reste de la matinée se passa difficilement. J’ai dû affronter les sous-entendus rieurs de mes amies mais tout se passa bien. Non, il n’y aurait pas de confidence. L’excitation montait en moi au fur et à mesure que le temps passait. Je n’étais que Vous et le professeur de français ne me fit aucun effet. Mieux encore, je le reléguai au rang de simple puceau. Je trouvais son cours ennuyeux. Maître, j’attendais mon cours de l’après-midi.

  A 14 heures je sonnais à votre grille. Un système électrique la fit s’ouvrir automatiquement. J’entrais, le cœur battant. Vous savez, ces cœurs de collégiennes qui se rendent à leur premier rendez-vous d’amour. La grille se referma derrière moi avec un bruit sec qui me fit tressaillir comme la veille. Arrivée aux marches du perron mon cœur cognait. Oui, sans doute étais-je encore collégienne…Impossible de faire demi tour. Je sonnais et Votre servante vint ouvrir. Elle me sourit. « Entre petite, l’appartement du Maître est au premier. Monte… » Je montais le grand escalier avec l’irrépressible envie de faire demi tour. Mais la grille ne me l’aurait sans doute pas permis. Enfin je parvenais devant votre porte en bois massif. Je remarquais une règle en fer posée sur le paillasson. En tremblant j’appuyais sur le bouton de la sonnette et l’entendis retentir à travers votre appartement. J’attendis un long moment, n’osant pas respirer. Enfin la porte s’ouvrit. Je ne sus que dire en vous apercevant. Vous m’avez à peine regardée et Votre visage exprimait un air sévère. « On ne t’a pas expliqué ? » Je tentais un sourire. « Expliqué quoi, Maître ? » « Prends cette règle et suis moi. » Intriguée, je m’exécutais et Vous suivais dans un long couloir sombre décoré par de nombreux objets d’art dont j’ignorais tout à cette époque-là. Arrivé devant une pièce, Vous Vous êtes effacé pour me laisser entrer tout en me poussant sèchement dans le dos. « Dépêche-toi, je n’ai pas le temps. »  D’emblée je me trouvais intimidée par les milliers de livres qui recouvraient les murs. Vous avez pris appui le dos sur votre bureau et m’avez regardé fixement.

Extrait 5:
             Cher Maître, en vous écrivant cette première séance-interview avec Monsieur Jacques, me remontent d’autres souvenirs du jour de mon dépucelage. Sitôt remise de cet assaut douloureux mais que je savais primordial vous m’avez entraîné dans un petit salon qui jouxtait la grande pièce où je venais de connaître la souffrance. Vous m’avez fait asseoir sur un large fauteuil, avez allumé une cigarette et m’avez longuement regardé en semblant réfléchir. J’étais figée. Je ne savais  quelle position prendre face à vous. Mon corps entièrement nu me faisait encore un peu mal. J’aurais tant souhaité aller dormir, retrouver mes amies. Oui j’étais épuisée…Au bout d’un moment interminable Vous avez enfin ouvert la bouche et, en me regardant fixement, avez murmuré ce mot délicieux et terrible : « Joujou ». Je ne comprenais pas et Vous avez dû vous en apercevoir devant mon regard interloqué. « Je t’appellerai Joujou. Ca veut dire que dorénavant ton nom sera Joujou. Mon Joujou. Qu’est-ce qu’un joujou à ton avis ? » Mes lèvres tremblèrent. « C’est un jouet, monsieur. » « Bravo. Tu viens de quitter l’âge où les filles jouent à la poupée pour entrer dans celui où elles deviennent des poupées. Comprends-tu ? » J’étais déboussolée. Je comprenais mais que Vouliez-Vous dire, exactement ? Je ne proférais aucun mot, entièrement tendue à vos explications. « Viens près de moi. » Je m’exécutais et pris place docilement à Vos côtés sur un petit sofa de velours rouge. « J’ai pris beaucoup de plaisir à assister à ton dépucelage. Il fallait que tu souffres. C’était une nécessité. Une nécessité absolue. En matière d’amour, la douleur et la souffrance sont une nécessité absolue. Tu comprendras très vite. » Maître, je n’entendais rien à Votre discours mais le ton de Vos paroles, la douceur de Votre voix, Votre calme, tout en Vous m’hypnotisait. Je n’eus plus peur. Enfin, beaucoup moins. J’espérais que vous alliez me prendre dans Vos bras, que j’allais m’y nicher comme une petite chatte pendant que Vous me caresseriez. Que la souffrance nécessaire n’avait été qu’un passage nécessaire avant de laisser place à la tendresse et à l’amour véritable. Bien naïve…« Tu vois ce flacon sur le petit bureau ? » Je regardais. Effectivement, je vis une petite fiole malgré la pénombre ambiante de ce salon où je discernais peu les objets et les meubles. « Oui, monsieur. » Je Vous appelais monsieur, sotte que j’étais, trop intimidée et effarée, n’osant demander votre prénom. En riant je Vous aurais répondu, moi c’est Jeanne. Et je me serais à nouveau blotti dans Vos bras. « Et bien vas le chercher, Joujou. » Qu’était-ce encore ce mystère ? Vous m’avez demandé de le poser près de Vous et m’avez attiré dans Vos bras. Ce que je souhaitais de tout mon cœur. Mon corps s’embrasa et mon cœur se mit à battre lorsque Vos mains ont tendrement caressé mes joues. Puis Vous avez tapoté chacune d’entre elle en me murmurant : « Joue-joue ».

La suite, réservée à un public averti, est sous cellophane. Toute personne qui en prendra connaissance atteste avoir plus de 18 ans.

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