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Les hommes sont déroutants,
la nature complice et la trahison implacable.
EXTRAIT 1 :
Il l'attendait... Comme tous les matins, depuis qu'il avait choisi son refuge.
Lorsque la bête vint à lui, le soleil brûlait déjà ses yeux. Il se dit qu'il devra bien un jour ou l'autre éviter ce handicap.
La gueule ouverte, les mâchoires ensanglantées, elle avançait, grognant comme de plaisir.
Depuis le premier jour, Leandri avait compris qu'il ne s'agissait pas d'une espèce répertoriée et sa tentative de la prendre en photo avait échoué. La bête n'apparaissait jamais sur les épreuves. Les traces de pattes qu'elle laissait sur la neige non plus.
Mehir ferma les yeux, les rouvrit et les referma encore. Puis il attendit.
Comme là-bas, dans le désert saoudien quand, après que son avion, dédaigné pourtant par la défense aérienne presque inexistante dans le secteur, se fût mit en vrille.
- S.O.S. BRITA 13, prenez ma position d'éjection."
Il avait creusé et s'était terré dans le sable frais.
Le silence ! La paix qu'imposent les grands espaces du Sahara dans leur façon de domestiquer le vent jusqu'à en faire un chant.
"Il tourbillonne dans ma tête, se dit le Capitaine Leandri. La poussière... Dans ta gueule ! Et ne crache pas, nom de Dieu! C'est une guerre électronique, dors et attends les copains."
Le réveil. La bouille toute ronde d'un type mâchouillant un chewing-gum et te pointant son M16 sur le ventre.
Tu souris, ils t'enchaînent. Pas de contrôle d'identité par radio pour toi, Leandri. Tu es arabe, donc irakien, et ton français sans accent, ton uniforme, tout cela n'est que déguisement d'espion. Tu dois parler Leandri, et pour ce faire, la gégène te brûle les couilles.
Bon dieu, pourquoi juste les couilles ?
- Maintenant, t'avait répondu le saoudien, z'ont plus peur pour leurs soeurs !"
D'ailleurs, ils ont une preuve: les pilotes irakiens ne sont-ils pas formés en France?
Les copains arrivent. Eux, ils les ont toujours leurs couilles. Ils pointent, rageurs, leurs armes sur tes tortionnaires. Leurs larmes coulent mais ne mouillent pas le sable.
- Mir ! Laisse nous abattre ces crevures."
Simple contraction d'un prénom difficile à prononcer, diminutif amical. Sauf peut-être au réfectoire, un soir de grande beuverie :
- MIR n'est pas BLANC mais lave toujours PLUS BLANC."
Sur l'air de la Madelon...
Comme d'habitude, Mehir se leva et suivit la bête jusqu'au cimetière des bédouins.
EXTRAIT 2 :
MARIO LEANDRI !
- Ecoute Bedoui, ton père avait épousé une femme d'ici, nos coutumes aussi. N'est il pas inhumé dans ce cimetière pour ta protection ? Cette nuit même, ne t'a-t-on pas aidé ? La bête n'a-t-elle pas lutté contre les spectres ?"
MARIO LEANDRI !
Mehir fixait l'inscription que ses yeux fatigués lui révélaient en arabesques. Peu importe, se dit-il, voici mon rempart, celui de mon passé, de mon identité.
- Que me voulaient-ils ?"
- Ne les as-tu pas trahis ?"
Mehir se dressa impulsivement, d'une seule détente. Une voix clama dans sa tête :
"MIR, N'ATTENDS PAS LES COPAINS !"
- Ecoute, vieille femme, Chibani n'est pas responsable." Il se rassit. La pierre sous ses fesses se fit accueillante, ou alors était-ce cette idée que la vieille femme avait insufflée en lui :
"La pierre de ton père !"
Et lui-même ne pensait-il pas: "Mario, Mario mon père. Je sais, ce n'était pas toi! Je sais que tu n'aurais jamais voulu me faire de mal.
Mais peut-être t'a-t-on trompé à propos de ce cimetière ?"
- Azouza *, Chibani a brûlé tous ses livres. Sa propre femme s'est précipitée dans les flammes."
- Il a menti, Bedoui ...
EXTRAIT 3 :
Le commissaire criait:
- Il y a que j'ai une demi-douzaine de meurtres sanglants sur le dos et que tu es soupçonné. Au nom de Dieu, Mehir, que sont les traces de pieds nus qui te suivent depuis l'entrée de Babouch?"
Mehir planta un regard dur dans les yeux du policier. Il parla doucement, comme pour lui-même.
- Sale situation en vérité. Si tu m'arrêtes ....
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