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A tous les miens,
pour que dans mes ténèbres, ils m'aperçoivent.
"Nicolas acquit la conviction que sa femme était devenue
folle le jour où il découvrit le pyjama de leur fils découpé en fines
bandes et reconstitué comme un puzzle. Le vêtement était déposé dans le
petit lit qu'elle berçait en chantonnant. "
RÉSUMÉ:
Des milliers d'enfants mutants apparaissent et disparaissent. Personne
ne les réclame. Leur hymne, "Merci mon Dieu, merci Marie, Joseph n'est
pas ce que l'on dit", résonne comme une menace.
Flics,
techniciens, avocats figurent parmi leurs géniteurs. Orphelins, ils
cherchent dans l'enfantement un ailleurs fait de lumière.
Le sang coule à flots. Les corps sont démembrés, les têtes arrachées :
le passage s’effectue dans une souffrance infinie. Ce rite sacrificiel
semble être le prix à payer…
L'histoire se met en place comme un puzzle. Un thriller de 200 pages
dont les personnages naviguent entre vie et néant. Ce récit fantastique
aborde le questionnement identitaire face à une société en pleine
mutation : est-il possible de se soustraire à la dure réalité? Que
veulent donc ces bâtards: réinventer un monde de lumière ou mourir pour
se réinventer soi-même ?
EXTRAIT 1:
Dans la nuit, Laurence se leva pour ouvrir les fenêtres de la
chambre. Le grincement des volets réveilla Fabien:
- Ça va? lança-t-il, d'une voix ensommeillée.
- Oh oui, je veux regarder le ciel. "
- C'est quoi cette musique, Chérie? "
- Quelle musique? "
- Attends... Laisse moi écouter! "
- Quelle musique? insista Laurence.
Il ne répondit pas. Les paupières mi-closes, il semblait se concentrer.
Lorsqu'il parla, sa femme avait fermé la fenêtre. Elle l'observait.
- C'est l'Ave Maria, dit-il.
- Je dois te dire quelque chose... Quelque chose d'important! Cet
après-midi, je... "
- C'est celle de Schubert , attends un peu, interrompit-il.
Laurence s'irrita.
- Je n'entends rien! ... Je dois te parler Fabien. "
Fabien Deguers se leva, vint vers sa femme pour la prendre par la
taille. Dehors, déchirant les ténèbres, des hurlements retentirent.
Ils se précipitèrent pour ouvrir la fenêtre. Leurs mains s'emmêlèrent
sur la poignée. Laurence, s'écartant brutalement, renversa le vase de
roses. Les hurlements continuaient de monter. Fabien sentit la peur
pénétrer son ventre. Il se pencha dehors, se demanda vaguement pourquoi
sa femme s'était ... dérobée? Non, ce n'était pas le mot. La vérité est
qu'elle protège l'enfant ... Cette pensée le rendit heureux.
- Tu piétines les roses, Fabien" s'exclama sa femme.
" Mais qui avait renversé le vase, qui? Et cette eau, répandue sur les
fleurs rouges, et mes pieds nus sur les tiges épineuses! "
Alors que la lune et tous les astres lançaient leurs lueurs blafardes à
l'assaut de l'obscurité, au milieu de la chaussée, là où l'ombre des
réverbères s'étiolait, Fabien aperçut l'homme.
Ils étaient une douzaine à l'avoir cerné. Il était tombé sous leurs
coups. Les enfants frappaient, leurs bras s'abattant rythmiquement sur
le corps de leur victime. Et ce rythme était celui de l'Ave Maria qu'en
choeur ils chantaient.
Dans l'appartement des Deguers, Laurence, étendue sur le sol, paraissait
dormir. Le regard de son mari était fixé sur la mare de sang qui, déjà,
imbibait les fibres du tapis. " Ça coule comme un torrent de pluie, la
couleur n'est pas régulière, c'est rouge vif puis brun, c'est sale puis
pur. Ce n'est pas seulement du sang, il y a autre chose, ce torrent-là
charrie des immondices, des îlots infects. "
Fabien tomba à genoux. Enlaçant sa femme, son visage contre le sien, il
récita: Viens mon enfant, viens... "
Son regard était fixé sur le ventre proéminent qui se soulevait et
s'abaissait en des spasmes de plus rapides. Le sang s'était tari. Il
coagulait sur le tapis, poissait les pétales de roses.
" Viens mon enfant, viens... "
Laurence s'éveilla à la douleur. L'enfant lui avait, de son petit poing,
déchiré l'abdomen. Bientôt, dans un flot de viscères et d'excréments, il
se dégagea la tête. Il souriait.
EXTRAIT 2:
Et il y avait la secte. Ses convictions religieuses lui avaient inculqué
l'idée que ces pseudo-églises ne pouvaient être que l'émanation des
puissances des ténèbres. Lorsque Anastasio avait, en feignant
l'hésitation, émis le voeu de "se lancer dans l'exorcisme", Vergier fit
semblant de croire que ce serait avec la collaboration de l'Église
catholique. Ce n'est donc pas tout à fait une imposture, s'était-il dit.
L'Église, Vergier voulait lui rester fidèle, un peu comme le fut à
l'islam son père adoptif, le marchand de cochons. Il avait hérité d'une
porcherie que lui avait léguée un compagnon d'armes, officier français
des Harkis. Genio ne connut jamais son véritable nom. Lorsqu'il fut
recueilli par ce grand moustachu à la peau sombre, malgré ses cinq ans,
il avait compris. Tout de suite, il l'appela Papa; et l'autre le serra
contre lui en lui parlant de trésors et de lapins. Le vieux musulman
priait tous les jours, égrenait son chapelet. Sauf les jours de marché
où il entassait ses porcs dans le vieux TuB Citroën et quittait la piste
de la ferme, klaxonnant joyeusement. A sa mort, Genio connaissait le
Coran et l'élevage des cochons.
L'Administration le plaça alors dans une autre famille arabe qui le
surnomma presque exclusivement le fils du cochon. Il finit par s'enfuir.
Il n'avait pas cru nécessaire de défendre le marchand de cochons. Il
aurait pu dire que c'était un bon musulman et un fidèle ami qui, s'il
avait refusé le legs de la porcherie, n'aurait pas pu adopter les cinq
enfants de son compagnon d'armes.
Il avait quinze ans... Il rejoignit les Pyrénées. Il y trouva une cause
à défendre et Anastasio.
EXTRAIT 3:
« Les faits! Quels sont les faits?
Un prêtre que l'Évêché affirmait défroqué. Il avait désormais les yeux
arrachés.
Un clochard assassiné à mon nez et à ma barbe. Là n'est d'ailleurs pas
la question. L'objectivité commande de se contenter du simple fait de
l'assassinat.
Une série de meurtres sauvages, d'une violence inouïe.
Les constatations du centre médico-légal selon lesquelles les meurtres
ont en commun le fait d'avoir été perpétrés à mains nues.
Les enfants! Des enfants qui n'ont pas disparu, ou tout au moins qui ne
sont pas recherchés... pas réclamés !
Il y avait "Bébé" et sa naissance. Et il y avait moi, pauvre Bastard de
flic bedonnant, la quarantaine sonnée, nageant dans l'ambiguïté de ma
vieillesse prématurée. »
EXTRAIT 4:
C'est l'enfant qui vint à sa rencontre. Un beau petit garçon,
pensa-t-il, il a un beau sourire. Eugène s'arrêta, attendit.
- Où est Anastasio? " demanda le petit garçon en articulant chaque
syllabe. Sa voix était caverneuse, froide. Il ne cessait de sourire.
Alors Vergier le reconnut. Il n'en eut pas peur. Il pensa simplement:
c'est lui et je ne sais pas quoi faire.
- Comment t'appelles-tu petit? "
- Bébé, c'est tout. "
- C'est tout? "
Vergier se pencha vers lui, eut envie de le prendre dans ses bras.
L'enfant s'écarta doucement, juste ce qu'il fallait pour ne pas être
touché.
"Tu auras un nom, Bébé et je ne te mentirai pas. Les ténèbres, nous en
sommes tous. La lumière, tu sais, n'est pas toujours vraie. Vois comme
elle brûle parfois les fleurs, comme le soleil blesse les yeux de
l'aveugle. Ecoute comme le vent froid souffle et meurtrit tes petites
mains. Le soleil Bébé, lorsqu'on cherche à le domestiquer, devient
ténèbres. Il est aux autres."
Aucun mot ne fut prononcé, mais si Genio s'était retourné vers l'enfant
sans nom, il aurait vu ses larmes, l'aurait aimé encore plus.
"Dis Bébé, connais-tu l'histoire du squelette qui dansait? C'était un
beau squelette tu sais? Il dansait au clair de lune ... une toute petite
fille l'observait de sa fenêtre. Sais-tu ce qu'a fait la petite fille,
Bébé? Elle l'appela. Lorsqu'il vint, elle se blottit dans ses os et
l'aima très fort."
"Vois-tu Bébé, les enfants ne peuvent pas venir si on ne les appelle
pas. Les parents non plus ... mais les squelettes, lorsqu'ils appellent,
ne reçoivent que l'écho de leur terreur. C'est seulement pour ceux
d'entre nous qui entendent leurs appels qu'ils dansent."
PARU CHEZ
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