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EXTRAIT 1:
Voici, Docteur, le récit que vous m'avez demandé d'écrire.
Il y avait tonton, vieux bonhomme, gros, hirsute; outre d'alcool dont le trop plein débordait. Le ressentiment flamboyait dans son regard, y maintenait une flamme de vie. A d'autres moments, elle était à peine perceptible. Comme si, vacillante par l'effet des larmes contenues, elle parvenait à se réfugier dans quelque catacombe branlante de l'esprit du vieillard. Ses yeux étaient toujours humides, clignant en des efforts lourds de lenteur.
Il fut notre médecin… Avant! Il y avait Jean-Baptiste, mon âge, grand, rouquin, le sourire froid, plaqué sur des traits figés par l'horreur. Il perdait tous les jours une dent, affirmant à chaque fois qu'il ne pourrait bientôt plus creuser sa tombe… Ni les nôtres, ajoutait-il. Et il y avait moi !
* * *
Nous marchions dans la savane chaude et humide.
EXTRAIT 2 :
Je m'assois. L'ombre de la caisse est fraîche, la sueur m'inonde. Je dis :
- Plus tard, Tonton, plus tard." A tous deux, je souris, en ajoutant : ouvrons la caisse, ouvrons-la."
Tonton écume toujours.
- Non, pas plus tard, maintenant! Les vivres sont là. Ce n'était pas la peine. Pour les mouches non plus!"
Il pleure, le vieux. J'insiste:
- Laisse tomber, Tonton. La caisse d'abord." J'y compte, j'y compte fermement. Autant, presque autant qu'à mon passage en sixième.
Onze ans… Les désirs sont puissants à cet âge. Celui où l'on croit pouvoir forcer la chance en croisant les doigts derrière le dos. Les désirs sont puissants, la volonté de vaincre irréductible.
* * *
Armé de son pied de biche, Jeannot attaque le couvercle. D'impatience, il l'endommage.
Je tempère:
- Doucement, Jeannot. N'abîme pas la croix, elle pourra se voir de très haut."
EXTRAIT 3 :
Le médecin termine la lecture du témoignage. Il réfléchit un instant, quitte son siège pour se frotter les mains au-dessus du radiateur. Il retourne à son bureau pour consulter le rapport des sauveteurs: il ne fait pas mention d'un autre survivant.
L'homme est grisonnant, de carrure imposante. Il ouvre un tiroir, y puise une barre de chocolat dans son emballage. Il veut encore réfléchir. Il est satisfait, son chocolat est suisse, le meilleur, songe-t-il. Et tant pis s'il passe pour chauvin.
C'est alors qu'un océan de colère le submerge. Fulminant, il se précipite dans la chambre du rescapé, lui crie :
- Vous êtes dément, complètement dément!
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